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REGEFOR 2017 : Les espèces exotiques et les facteurs favorisant leur introduction.

Durant la 6ème édition des Ateliers biannuels pour « Recherche et Gestion Forestière » (REGEFOR), les bioagresseurs étaient à l’honneur. Retour sur trois journées d’échanges et de réflexion sur les risques provoqués par l’émergence de ces organismes dans les forêts européennes. Du 20 au 22 juin 90 participants ont assisté aux 4 sessions thématiques abordant l’ensemble des enjeux et problématiques liés à l’émergence de bioagresseurs forestiers en Europe. Chercheurs, ingénieurs, gestionnaires forestiers, membres d’associations de protection de la nature, un panel d’acteurs divers de la filière forêt ont pu établir ensemble un état des lieux sur le sujet.

Présentation sur les physopthera lors de REGEFOR © Sarah-Louise Filleux
Mis à jour le 30/06/2017
Publié le 29/06/2017

Une base de données mondiale répertorie les dates d’introduction de 17 000 espèces animales et végétales dans des continents autres que celui d’origine. L’analyse de ces données montre que ce taux important n’empêche en rien l’établissement de nouvelles espèces sur d’autres continents. Avec la mondialisation des échanges le taux d’arrivée d’espèces exotiques augmente exponentiellement, il est passé de 7 à 20 espèces/an en un siècle. Les invasifs phytophages (mangeur de végétaux) sont les plus nombreux et continuent d’augmenter tandis que les autres groupes invasifs tendent à régresser. Depuis 1800, 480 espèces (insectes, acariens, nématodes) se sont établis en Europe. La période actuelle se caractérise par l’arrivée d’espèces dites « émergentes » non connues pour êtes invasives ailleurs, et par l’accélération de la propagation des espèces après établissement. Les espèces détectées en Europe depuis 1990 se sont propagées 3 à 4 fois plus vite que celles arrivées plus tôt. Deux facteurs expliquent cette tendance : les changements politico-commerciaux en Europe et l’explosion du commerce de plantes ornementales.

«  Nous » avons importé le phylloxéra ; « ils » ont introduit le bombyx disparate. Des transferts d’espèces volontaires ou non, ont lieu depuis 500 ans entre l’Europe et l’Amérique. Les échanges commerciaux, en particulier le commerce du bois, celui des plants de pépinière et les marchandises dans des emballages en bois sont responsables d’une bonne partie de ces invasions. Ces transferts d’espèces, en dépit d’une richesse équivalente sur les deux continents, semblent asymétriques. Pour les bioagresseurs spécifique des ligneux (arbres) 57 espèces d’Amérique du Nord se sont installées en Europe, quand 300 espèces européennes ont fait le trajet inverse. Différents facteurs prédisposent le succès de ces invasions, la polyphagie (capacité à se nourrir sur de nombreux hôtes), l’endogamie (reproduction au sein d’un groupe d’individus apparentés) et la parthénogénèse (reproduction asexuée, comme chez certaines espèces de pucerons).

Comment lutter contre ces invasions ?

Parmi les différentes approches de lutte biologique contre les insectes invasifs, la plus utilisée consiste à introduire des ennemis naturels (parasitoïdes, prédateurs ou pathogènes) issus de la région d’origine de l’insecte. Cette approche est particulièrement applicable pour lutter contre les insectes forestiers parce qu’elle permet de limiter les populations du ravageur directement et à long terme. Jusqu’en 2010, plus de 6000 introductions de parasitoïdes et prédateurs ont été effectuées, visant 588 espèces d’insectes et aboutissant au contrôle de 172 d’entre elles. Environ 55% de ces introductions ont été effectuées contre des ravageurs de plantes ligneuses. Il est intéressant de noter que le succès des stratégies de lutte biologique contre les insectes ravageurs contraste avec le peu d’exemples concernant les maladies forestières, vraisemblablement en raison de différences dans les cycles biologiques des deux types de bioagresseurs.

Au cours de cette session, trois cas d’émergences historiques ou récentes ont été illustrés, pour présenter les options potentielles de gestion de ces maladies : les phytophthoras forestiers, la chalarose du frêne et la graphiose de l’orme.
 

Phytophthora Chalarose du frêne La Graphiose de l'orme
Le genre Phytophthora comprend environ 150 espèces décrites à ce jour dont la plupart sont des agents phytopathogènes agressifs. Les espèces, avec leurs fins filaments et leurs spores ressemblent aux vrais champignons, mais sont en réalité plus proches des algues brunes que des champignons. Trois exemples européens concrets ont été présentés pour discuter de la spécificité de chaque épidémie et des ressources pour contrôler ce type de crise. Dans les trois cas des mesures de prophylaxie visant à éviter de déplacer du matériel végétal et/ou du sol contaminé sont les mesures les plus efficaces. En Europe, le frêne une espèce importante dans divers habitats comme la forêt, la ripisylve, les haies et les zones urbaines. En France, la ressource forestière en frêne représente environ 100 millions de mètres cube. Cependant les frênes sont touchés par une nouvelle maladie émergente appelée la chalarose, causée par un champignon, Hymenoscyphus fraxineus, originaire d’Asie orientale. Peu pathogène sur les frênes asiatiques, il est particulièrement agressif sur le frêne commun en Europe. Sa vitesse de propagation vers l’ouest et le sud de l’hexagone est estimée à 50 km/an.  Toutefois, l’espèce Fraxinus excelsior n’est en aucun cas menacée de disparition ! D’une part, de nombreux individus restent asymptomatique dans des situations peu favorables au développement du champignon et d’autre part, certains sujets présentent une résistance suffisante pour contrer l’agressivité du pathogène. Une résistance qui se transmet bien dans la descendance. Il est ainsi primordial de préserver ces arbres résistants qui assureront une nouvelle génération de frênes plus tolérants à la chalarose. En quoi la graphiose de l’orme constitue-t-elle une émergence particulière ? C’est une question à poser avant de tirer des enseignements pour d’autres maladies. La pandémie européenne de la graphiose est en réalité du à deux émergences consécutives, largement décalées dans le temps. De plus ces émergences ont attaquées trois espèces d’ormes avec des sensibilités différentes à la maladie. Depuis près d’un siècle l’homme a cherché à limiter l’impact de la graphiose. Très rapidement les recherches se sont orientées vers la sélection de clones hybrides résistants obtenus par croisement entre espèces européennes et asiatiques. Parallèlement, bien qu’aucune étude n’ait pu mettre en évidence une diminution de la variabilité génétique des ormes suite à la graphiose, des programmes de conservation génétique statique « ex situ » et « in situ » se sont mis en place dans les années 1980.