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« Ce que je trouve fascinant chez les plantes, c’est leur diversité au sein d’une même espèce. »

Sur le terrain, Fabrice Bonne technicien à l'unité Ecophysiologie des Ecosystèmes Forestiers (EEF), met ses compétence d'expérimentateur au service des scientifiques lors de l'installation, le suivi et la gestion de dispositifs expérimentaux en forêt et au sein de plantations spécifiques

Fabrice Bonne recueillant des données phénologiques © Yves Bernardi
Par Dorey Elsa
Mis à jour le 15/06/2017
Publié le 31/05/2017

Depuis 28 ans, Fabrice Bonne arpente les parcelles de forêt expérimentales plantées dans le nord de la France. Il observe les différences de croissance et de développement entre les arbres d’une même espèce selon leur provenance géographique, afin d’en déduire les potentialités d’adaptation. C’est ainsi qu’à Metz, l’une des parcelles gérée par l’Inra compte 44000 chênes sessile provenant de 107 stations forestières disséminées dans toute l’Europe. « Cette forêt expérimentale représente la quasi intégralité de la diversité génétique de cette espèce », déclare le technicien.

Observations et adaptations morphologiques.

 
A titre d’exemple, Fabrice Bonne observe trois semaines à un mois de décalage dans la date d’apparition des premières feuilles entre des individus provenant de la forêt de Fontainebleau et ceux d’une provenance autrichienne. « C’est ainsi tous les ans, ce qui montre que c’est un caractère inscrit dans l’identité de tous les individus, et qu’il y a des différences majeures selon les origines géographiques au sein d’une même espèce. Il s’agit bien d’un caractère d’adaptation. » D’autres critères notamment morphologiques témoignent de cette diversité présente chez le chêne sessile, en effet, certains arbres ressemblent à des pommiers et présentent un port plutôt arbustif alors que d’autres sont droits « comme des poteaux téléphoniques. »
Sur certaines parcelles, Fabrice Bonne recueille régulièrement des données phénologiques. « La phénologie, est l’étude de l’apparition d’événements périodiques, le plus souvent annuels, dans le monde vivant, déterminée par les variations saisonnières du climat. Les événements périodiques pour un arbre sont par exemple l’éclosion des bourgeons, la libération du pollen par les étamines, la maturation des fruits ou encore la chute des feuilles ».
Au printemps, il regarde avec la plus grande attention le stade de débourrement, c’est-à-dire les différents stades de développement des bourgeons à fleurs ou à feuilles. Un moment important pour la plante, puisque c’est à cette période qu’elle commence sa croissance annuelle. Ensuite Fabrice s’intéresse aussi à la maturation des fruits ainsi qu’à la décoloration des feuilles à l’automne.

Forêt, bois et climat : enjeux des observations phénologiques.

Acteur dans l’écriture d’un protocole universel adapté aux essences forestières, il sait toute l’importance que revêt ses observations.

Fabrice Bonne, technicien à l'unité Écologie et Écophysiologie Forestières de l'INRA Grand Est-Nancy recueillant des données phénologiques en forêt.. © Inra, Yves Bernardi
Fabrice Bonne, technicien à l'unité Écologie et Écophysiologie Forestières de l'INRA Grand Est-Nancy recueillant des données phénologiques en forêt. © Inra, Yves Bernardi
« Les espèces au développement foliaire tardif sont les arbres qui ne seront pas exposés aux gelées tardives, fréquentes dans les forêts du Nord de la France. Cependant, ils seront en concurrence directe (lumière, eau, éléments nutritifs) avec les individus qui ont débourrés plus précocement. En outre, leur saison de végétation pourrait être plus courte et leur croissance peut être affectée. La production de bois, critère majeur de sélection pour les reboiseurs, doit donc désormais prendre en compte l’évolution du climat en cours. »
En effet, en France, les forêts sont une ressource importante en énergie et en matière première. Depuis toujours, les sylviculteurs recherchent des arbres facilement exploitables qui poussent vite. Depuis quelques années, le changement climatique est entré en scène : les hivers froids vont se faire de plus en plus rares. L’arbre a pourtant besoin de ressentir ce froid hivernal pour bien émerger au printemps de cette période de repos. « Personne ne sait dire comment les espèces animales et végétales se comporteront et s’adapteront à cette modification du climat. Les arbres mis sous serre à l’automne par exemple ne débourrent pas car ils n’ont pas ressenti une quantité de froid suffisante et nécessaire à la phase de débourrement. » Une connaissance approfondie du comportement des différentes essences permettra, à l’avenir, d’affiner les modèles de prédiction et de composer des forêts productives et mieux adaptées.
A force de parcourir les forêts, ses jumelles autour du cou, le technicien est devenu spécialiste de terrain et référent national en phénologie. « J’arrive à prédire en fonction des températures prédites à quel moment tel arbre va mettre en place ses fleurs, et ce par l’observation de la morphologie des bourgeons. » Il forme ses homologues et a contribué à la rédaction d’un guide de phénologie qui décrit toutes les phases de développement annuel de 80 essences.

Dessinateur averti, il a lui-même réalisé les 230 aquarelles d’illustration présentes dans cet ouvrage. Attentif aux variations des saisons et conscient que la forêt est un espace fragile à protéger, il admet qu’il lui arrive encore d’être surpris.

« Cette année, les frênes à fleurs n’ont absolument pas produit de fleurs, c’est la première fois que je vois cela ! Je vais contacter des collègues observateurs là où cette espèce est naturellement présente pour éventuellement comprendre quels facteurs climatiques pourraient expliquer cette observation. » Un métier passion dont il ne fera jamais le tour.

Les aquarelles de Fabrice Bonne illustrent l’ouvrage « Les plantes au rythme des saisons » à paraitre le 15 juin 2017 aux éditions Biotop.. © Inra, Fabrice Bonne
Les aquarelles de Fabrice Bonne illustrent l’ouvrage « Les plantes au rythme des saisons » à paraitre le 15 juin 2017 aux éditions Biotop. © Inra, Fabrice Bonne