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Le stockage du carbone dans les sols : un enjeu au cœur des problématiques actuelles !

Jeudi 9 juin, des chercheurs de l’Inra, du CIRAD, de l’IRD et de l’ADEME ont participé à la table ronde sur le thème "sols et stockage du carbone", organisée au Sénat par le sénateur Roland Courteau, vice-président de l’Office Parlementaire d’Evaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPECST).

Forêt et sol. © Inra, Y. Bernardi
Publié le 29/06/2016

Après une réflexion menée en 2015 sur le thème « De la biomasse à la bioéconomie : une stratégie pour la France » et un rapport publié en février 2016, le Sénat a sollicité un groupe d’experts afin de dresser un bilan des connaissances actuelles sur le stockage du carbone dans les sols. Ainsi, des chercheurs de l’Inra, du CIRAD, de l’IRD et de l’ADEME ont été invités à venir s’exprimer lors d’une table ronde sur le thème "sols et stockage du carbone", organisée le 9 juin par le sénateur Roland Courteau, vice-président de l'OPECST. Parmi les neuf chercheurs présents, quatre représentaient l’Inra, Delphine Derrien, du centre Inra de Nancy-Lorraine, Laurent Augusto et Sylvain Pellerin, du centre Bordeaux-Aquitaine, et Dominique Arrouays du centre Val de Loire.

Au programme de cette table ronde : Effet des pratiques agricoles sur le stockage de carbone dans les sols et les émissions de GES, rôle spécifique des forêts dans la séquestration de carbone dans les sols, monitoring et vérification des stocks de carbone, état de la recherche sur les relations sols/stockage du carbone ou encore l’initiative « 4 pour 1000 ».

Cette réunion a notamment permis de faire le point sur l’importance des sols forestiers dans le stockage du carbone (80  tC/ ha en moyenne). En France, la forêt représente 30% du territoire et elle continue de progresser d’année en année. Le sol forestier n'est pas seulement un milieu vivant support de faune et flore diversifiées, c'est également un formidable "puit de carbone", au cœur d’enjeux environnementaux planétaires. Cependant, de nombreuses questions restent encore en suspens. D’après l’initiative 4 pour 1000, augmenter chaque année le stock mondial de carbone des sols de 0.4% dans les 40 premiers centimètres permettrait, en théorie, de stopper l’augmentation actuelle de la quantité de CO2 dans l’atmosphère. Est-il possible d’augmenter annuellement le stock de carbone des sols forestiers de 4 pour 1000, voire au-delà ? C’est justement l’enjeu de la recherche actuelle : comprendre quelle est la dynamique du carbone dans les sols forestiers,  quels sont les formes de carbone présentes dans ces sols et quelles en sont les sources, pourquoi le stock est-il plus important que dans les sols cultivés et enfin le stockage de carbone dans les sols forestiers est-il limité à une valeur maximale ? D’autre part, les impacts des actions humaines et des pratiques sylvicoles telles que le choix des essences, le travail du sol, l’intensité du niveau de récolte sur le stockage de carbone ne sont pas connus. Ces impacts s’inscrivent sur le long terme car la dynamique du carbone est lente (en France, le temps moyen de résidence de carbone dans les sol est d’environ 50 ans). L’ensemble de ces inconnues nécessiteront à la fois des recherches fondamentales et appliquées pour tenter de mieux comprendre et mieux appréhender l’ensemble du processus.

Pendant 2h, les chercheurs ont présenté au sénateur leurs résultats et répondu à diverses questions, un véritable échange s’est installé entre l’ensemble des participants. Le contenu de cette table ronde servira ainsi de base de travail au Sénat pour la réalisation d’un prochain rapport. « Cet exercice m’a permis de prendre du recul sur mes travaux, de me recentrer sur les problématiques et les enjeux majeurs de notre recherche. Les différentes interventions Inra, CIRAD, IRD, ADEME ont été complémentaires, elles ont permis d’apporter une réelle base de réflexion sur cette thématique du stockage du carbone dans les sols » explique Delphine Derrien, chercheure au sein de l’unité BEF (Biogéochimie des Ecosystèmes Forestiers). « Nous avons l’habitude de travailler ensemble. En décembre 2015, suite à l’annonce du lancement du projet de recherche international du 4/1000 énoncé par Stéphane Le Foll en mars 2015, nous avons ensemble monté le collectif CarboSMS (Carbone des Sols, Mécanismes de Séquestration). Ce groupement scientifique comprend 70 chercheurs francophones qui travaillent sur les mécanismes de séquestration du carbone dans les sols. D’ailleurs, le 10 mars dernier à Paris, nous avons organisé notre 1ere journée sur l’état de l’art et les perspectives pour la recherche sur les mécanismes de séquestration du carbone des sols ».

Le stockage du carbone dans les sols est une question d’actualité, un enjeu de taille, auquel les instituts de recherche, notamment l’Inra tente de répondre. Le stockage de carbone dans la matière organique des sols couplé à la valorisation des déchets et de la biomasse pour produire de l’énergie en substitution aux énergies fossiles présente un potentiel important de lutte contre l’effet de serre. Les recherches de l’Inra s’inscrivent dans cette perspective globale et démontrent le potentiel de solutions qui peut résulter d’une gestion adaptative des ressources naturelles telles que la forêt, de l’agriculture et de l’alimentation.

En savoir plus

Rapport « De la biomasse à la bioéconomie : une stratégie pour la France » (p186): ici

Comprendre l’initiative 4 pour 1000 : ici

Vidéos de la journée du collectif CarboSMS disponibles ici (4 exposés en date du 10/03/2016)