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 La chenille processionnaire du chêne : des méthodes de bio-contrôle à l'étude pour réguler sa population

Thaumetopoea processionea, la chenille processionnaire du chêne, présente un vrai problème de santé publique par les urtications qu'elle provoque. Elle représente aussi une menace importante pour l'évolution des massifs de chêne. Des nouvelles méthodes de bio-contrôle pour réguler sa population sont à l'étude dans la région Grand-Est.

Chenilles processionnaires du chêne regroupées sur une branche. © Christophe Bailly
Mis à jour le 23/06/2017
Publié le 15/06/2017

La processionnaire du chêne est un ravageur spécifique des chênaies à feuilles caduques. Les chenilles de ce lépidoptère peuvent occasionner des défoliations importantes, surtout visibles de juin à mi-juillet. Par ailleurs, elles sont redoutées pour les urtications qu’elles provoquent chez l’homme, ainsi que chez les animaux domestiques et sauvages. Un contact avec la langue d’un enfant ou d’un animal peuvent causer un œdème gênant la respiration aux conséquences parfois fatales.

Ce bio-agresseur présente un vrai problème de santé publique, la chenille, sa mue et ses poils qu’elles laissent sur le tronc ou qui s’envolent provoquent des urtications chez les promeneurs mais surtout chez les professionnels à toutes les étapes de la filière bois, jusque dans les scieries.

Tronc infesté de chenille près du Lac de Madine (55).. © Inra, Christophe Bailly
Tronc infesté de chenille près du Lac de Madine (55). © Inra, Christophe Bailly

Une population de chenille à réguler

Suite aux fortes populations de chenilles constatées en 2015, un traitement aérien par hélicoptère a été réalisé sur le massif forestier de Fénétrange en 2016 sur une surface de 8500 hectares. Ce traitement à base de Bacillus thuringiensis (BTk) est efficace, mais pose des problèmes de préservation de la biodiversité, car le bacille qui atteint le système digestif des chenilles est non sélectif de la chenille processionnaire, et tuent d’autres lépidoptères sans distinction.

Prélèvement de chenille de la processionnaire du chêne près du Lac Madine (Meuse). © Inra, Christophe Bailly
Prélèvement de chenille de la processionnaire du chêne près du Lac Madine (Meuse) © Inra, Christophe Bailly
C’est pourquoi depuis 2012, des projets coordonnées par l’Unité Expérimentale Forestière Méditerranéenne (Jean Claude MARTIN , UEFM Inra Avignon)  et en collaboration avec l’unité Interaction Arbre Micro-organismes  (Christophe BAILLY, IAM Inra Nancy), cherchent à développer de nouvelles méthodes de bio contrôle, plus sélectives, pour réguler les populations de chenilles processionnaires du chêne à un seuil acceptable. Les études portent sur le « piégeage de masse » et la « confusion sexuelle ». Le piégeage de masse consiste à attirer massivement par des phéromones sexuelles  les papillons mâles  vers un piège mortel. La confusion sexuelle consiste à saturer en phéromones l’espace forestier pour empêcher la rencontre des papillons mâles et femelles et ainsi éviter la reproduction.

Le 30 mai dernier, une visite terrain a été effectuée par des ingénieurs et techniciens de l’INRA (Avignon et Nancy), de l’Office National des Forêts (ONF) et du Département de la Santé des Forêts (DSF) afin de repérer  un  site d’expérimentation en Meuse près du Lac de Madine, où des massifs forestiers  sont  très infestés par les chenilles de processionnaires. Une partie des expérimentations sera maintenue sur le site Fénétrange (57) où  ont été installées les premières expériences en 2012.

Deux  dispositifs  sont actuellement à l’essai sur le Grand EST :

OPTIM-PHERO :

120 pièges installés tous les 50 mètres en bordure de chemin forestiers.

Objectif : tester différents types de pièges et sélectionner les phéromones sexuelles les plus attractives. Ce projet est en cours depuis 2012.

Mesures effectuées : comptage hebdomadaire des papillons capturés dans chaque piège par C. Bailly, UMR IAM de l'Inra Nancy.

    

PRO-CHENE :

1350 pièges installés à hauteur d’homme et à 6 mètres sur 100 hectares.

Objectif : identifier la ou les phéromones adaptées au piégeage de masse et à la confusion sexuelle, et mettre au point des méthodes innovantes d’épandage (drône ou paint ball). L’objectif final est de trouver la dose de phéromone suffisante par hectare ainsi qu’une méthode d’application optimisée.

Mesures effectuées : comptage hebdomadaire des papillons capturés dans chaque piège sentinelle (Juillet, Août) comptage des nids de nymphose (juin) et comptage des pontes sur jeunes branches en hiver sur arbres abattus.

Les comptages de nids et comptages de pontes sont réalisés en équipe (INRA,  l’ONF, et DSF)

Promeneurs et professionnels, évitez dans la mesure du possible de vous déplacer dans les forêts très infestées par vents élevés et forte chaleurs. Ne laissez pas vos enfants ni vos animaux porter des feuilles ou écorces à la bouche. En cas de contact, ne frottez pas cela augmenterait la dispersion du venin et consulter rapidement un médecin (prise de médicaments antihistaminiques).

Papillon adulte de la processionnaire du chêne. © Wikipedia Commons

En savoir plus

Cycle de vie de la processionnaire du chêne

La processionnaire du chêne est un papillon de nuit à durée de vie très courte, dont les prédateurs naturels sont la chauve-souris et  les oiseaux. Le papillon femelle pond pendant l’été sur les jeunes branches de l’année entre le 15 juillet et le 20 aout, lors de  la  période de vol maximum. Chaque  ponte regroupe 100 à 120 œufs gris en ooplaques pour passer l’hiver. La jeune chenille sort fin avril au débourrement des chênes. Le développement des chenilles comprend 6 stades larvaires d’avril à juin au cours desquels la chenille grossit et se gave de feuilles.

L’arbre peut être totalement défolié, la photosynthèse ne pouvant s’effectuer, les chênes peuvent rapidement dépérir en combinaison avec des périodes de sécheresse estivales. Au cours du dernier stade larvaire, les chenilles se rassemblent en procession pour constituer un nid de nymphose.On observe souvent plusieurs nids par arbres en  forme de ballon ou de grandes plaques  pouvant atteindre  2 mètres de long  abritant plusieurs milliers de chenilles. Dans ces nids la métamorphose (nymphose) en papillon s’effectue fin juin début juillet. Puis les papillons mâles et femelles sortent mi-juillet pour se reproduire.